Article sur l'Islam de l'Ile Maurice
paru dans le magazine La Médina, n°7, rubrique Focus
écrit par le frère NoorMuhammad (Administrateur-Gérant de chezdeen.com)
L'Ile Maurice est aujourd'hui la destination à la mode des tours opérateurs touristiques. Derrière l'image de ces belles plages blanches, demeure une population multiraciale et pluri-éthnique qui aussi est souvent considérée comme un exemple en matière de cohabitation et de paix, offrant un paysage où se cotoient temples, églises, mosquées et autres édifices religieux.
Les musulmans mauriciens sont souvent cités comme exemple en matière de tolérance et de spiritualité. Voyons ensemble comment est tracée l'histoire de ces musulmans qui ont hérité cet islam venu de l'Inde de leurs grands-parents.
A l'abolition de l'esclavage dans ce pays alors colonie britannique, on alla chercher de la main d'œuvre du fin fond des provinces indiennes. Ces immigrants appelés “coolies” arrivèrent dans l'île en 1835 et fût voué à l'agriculture où un dur labeur les attendait. Cette population était en grande partie hindoue avec une minorité musulmane qui représente toujours aujourd'hui environ 20 % de la population actuelle. Très vite ces musulmans se sont mis à réorganiser leur vie religieuse loin de leur pays natal, malgré leur extrême pauvreté et commencèrent à ériger des mosquées un peu partout à travers l'île. La plus ancienne comme la mosquée “al-Aqsa” à Port Louis ou celle de la Rivière Citron non loin de là, datent de plus de 175 ans. La “Jummah Masjid” toujours dans la capitale est un joyau architectural qui reflète encore aujourd'hui l'Inde soufie. L'appel à la prière (azaan) est retenti dans les haut-parleurs dans tout le pays.
La majorité de cette population musulmane est sunnite et ayant en sus conservé les traditions et coutumes islamiques de leurs origines : l'Inde. Ils ne connaissent pas ce que les mots intégriste, extrémiste, fondamentaliste ou encore terroriste veulent dire car ils n'ont pas eu tout cela dans leur héritage et se disent avec “fierté” qu'on peut vivre aujourd'hui dans la sunnah du saint prophète Muhammad ﻣﺎﺴﺆ ﻪﻴﺎﻋﷲﺍﻰﺎﺼ sans être de souche arabe, malgré que l'histoire a voulu que l'île soit découverte par les arabes à l'aube du 16ème siècle sans pour autant l'occuper, preuve de cette pluralité d'un islam comme on peut encore en constater dans certaines parties du globe. Ils ont toujours à l'esprit que c'est grâce au grand saint (wali) Hazrat Mu'inuddiin chisti ﻪﻴﺎﻋﷲﺍ ﺔﻣﺣﺮ qui se repose aujourd'hui à Ajmeer en Inde, que leurs ancêtres ont hérité cette foi islamique tout en leur délivrant de l'idolâtrie. On peut encore de nos jours percevoir cette reconnaissance lors des célébrations telles que le “Yaum-un-Nabi” ﻣﺎﺴﺆ ﻪﻴﺎﻋﷲﺍﻰﺎﺼ fête de la naissance du saint Prophète Muhammad ﻣﺎﺴﺆ ﻪﻴﺎﻋﷲﺍﻰﺎﺼ de l'islam. Le mois du ramadan est un événement à vivre dans l'île car les demeures musulmanes se rayonnent d'une ambiance spirituelle, qui plane particulièrement sur la capitale où la concentration musulmane y est la plus forte.
On retrouve cette même enthousiasme lors des autres célébrations durant l'année comme la nuit du Mi'raaj, la mi-sha'baan ou encore le début du Muharram, sans oublier les 2 Eids, les musulmans organisent des activités religieuses comme la lecture du saint coran et causeries sur l'islam. Ils ne manquent jamais de préparer des mets spéciaux, à ces occasions, appelés “sirni” et procèdent à la distribution aux proches. Le plus merveilleux dans ces fêtes musulmanes à Maurice, c'est que contrairement au reste du monde arabe, vous n'y verrez jamais de musique, de danse ou autre manifestation exubérante du genre, car les activités sont très spirituelles. Les femmes musulmanes ne portent pas beaucoup le hijaab mais plus régulièrement le fameux “horni”, une sorte de voile d'origine indienne, couvrant la tête, car le plus important, pour les musulmans hommes ou femmes, dit-on ici, ne réside pas dans l'habit mais dans l'honneur, la dignité et la propreté religieuse.
Les savants ('aalims) arrivèrent régulièrement de l'Inde, cette dernière et le Pakistan n'en faisait qu'un à cette époque, renforçant au fil du temps, la foi de ces musulmans “des îles”. C'est ainsi que l'une des étapes les plus importantes de l'islam à Maurice fût la venue dans l'île en 1928 du célèbre et grand théologien et savant Hazrat Mawlana Muhammad Abdul Aliim Siddiiqi ﻪﻴﺎﻋﷲﺍ ﺔﻣﺣﺮ (de la descendance du 1er et grand calife de l'islam, Hazrat Abu Bakr Siddiiq ﻪﻧﻋﷲﺍﻲﻀﺮ ) aujourd'hui décédé et se reposant au fameux qabarastaan cimetière de “Jannatul-Baqii” à Médine. Ce grand érudit, lors de plusieurs passages successifs dans l'île jusqu'en 1953, réorganisa de façon structurée la religion islamique à Maurice.
D'abord, la vie sociale musulmane s'est vue restructurée, avec la construction des écoles coranique supérieures (Dar-ul-Ulooms), renforçant les madrasahs existants à travers l'île. La mise en place d'organismes socio-culturels tels que des orphelinats, le scoutisme musulman et de nombreuses congrégations (jama'ats) dans les contrées où il n'y avait pas de mosquée. Petit à petit, ces organismes commencèrent par former leurs propres Hafiz-ul-Quraan parmi les mauriciens, dont certains devenant les premiers 'Aalims mauriciens après des études islamiques plus poussées au Pakistan ou en Inde. Ils reviennent bien entendu au pays pour y servir l'islam. La création entre autres du fameux M.P.L. (de l'anglais “Muslim Personal Law” traduisez Loi Personnelle Musulmane) et la faire agréée par le gouvernement mauricien pourtant au régime démocratique. Cette loi permettait aux musulmans de vivre une vie sociale selon leur croyance islamique, notamment en matière de mariage et ses règles entre autres. Des collèges dites islamiques dans un système éducatif national pourtant laïque.
Progressivement, les musulmans participèrent activement avec les autres religions, à la vie sociale, culturelle et aussi politique de ce pays qui finit par obtenir son indépendance en 1968, aujourd'hui une République depuis 1992.
Cette merveille de regroupement et d'organisation de congrégations religieuses de ces musulmans se reflète aussi à travers le monde, partout où s'installent les musulmans mauriciens. Notamment dans plusieurs pays d'Europe et chez nous en France, les deux principaux regroupements de musulmans mauriciens en région parisienne, en occurrence, l'A.M.M.F, Association Musulmane des Mauriciens en France à Paris 20ème et l'A.M.M.O.I, Association Métropolitaine des Musulmans de l'Océan Indien à La Courneuve en Seine Saint Denis.